Aller au contenu

Contrôle fiscal

Majorations fiscales de 40 % et 80 % : quand s'appliquent-elles ?

Publié le Mis à jour le

Textes officiels vérifiés sur Légifrance, le BOFiP ou la source publique citée, à la date de mise à jour.

Quelles sont les principales majorations ?

Le code général des impôts distingue notamment le défaut ou retard de déclaration (art. 1728), l’insuffisance de déclaration (art. 1729), le régime propre à l’impôt sur le revenu (art. 1758 A) et les avoirs à l’étranger non déclarés (art. 1729-0 A ; voir comptes à l’étranger non déclarés). Le taux dépend de la situation, pas du montant rappelé.

Matrice des majorations fiscales (CGI art. 1728, 1729, 1729-0 A et 1758 A)
SituationTauxConditions et atténuationsPreuveTexte
Déclaration déposée en retard ou non déposée, sans mise en demeure, ou déposée dans les 30 jours suivant la mise en demeure10 %Sans mise en demeure, ou dépôt dans les 30 jours suivant la mise en demeureAucune intention à établir : la majoration repose sur le retard ; l'administration établit le retardCGI art. 1728, 1-a
Déclaration non déposée dans les 30 jours suivant la réception d'une mise en demeure40 %Mise en demeure restée sans effet pendant 30 joursAucune intention à établir : la majoration repose sur l'absence de dépôt ; l'administration établit le retard et la réception de la mise en demeureCGI art. 1728, 1-b
Découverte d'une activité occulte (déclarations non déposées dans le délai et activité non déclarée au guichet des formalités ou illicite, LPF L169) ; sans mise en demeure80 %Activité occulte (LPF L169) ; pas de mise en demeure préalableÀ l'administration, mais réputée apportée lorsque ni les déclarations ni l'inscription n'ont été faites ; preuve contraire : une erreur justifiant ces manquements (CE, 7 déc. 2015, n° 368227)CGI art. 1728, 1-c
Impôt sur le revenu : inexactitude ou omission sans manquement délibéré (sauf correction spontanée ou dans les 30 jours d'une demande de l'administration) ; retard de déclaration10 %Impôt sur le revenu : retard ou défaut de déclaration, inexactitude ou omission, hors application des majorations des art. 1728 (1-b, 1-c), 1729 et 1732 (a) ; portée à 20 % en cas de dépôt dans les 30 jours d'une mise en demeure ; exclusive de la majoration de 10 % de l'art. 1728, 1-a
Pas de majoration en cas de correction spontanée ou dans les 30 jours d'une demande de l'administration
Aucun manquement délibéré requisCGI art. 1758 A
Inexactitude ou omission avec manquement délibéré40 %Insuffisance de déclaration avec manquement délibéréÀ l'administration en cas de contestation (LPF L195 A)CGI art. 1729, a
Abus de droit (LPF art. L64) ; ramenée à 40 % s'il n'est pas établi que le contribuable en a eu l'initiative principale ou en a été le principal bénéficiaire80 %Abus de droit au sens de l'art. L64 du LPF ; comité de l'abus de droit fiscal sur demande
Ramenée à 40 % s'il n'est pas établi que le contribuable a eu l'initiative principale des actes ou en a été le principal bénéficiaire
À l'administration lorsque le comité de l'abus de droit a été saisi, quel que soit son avis (LPF L192) ; la majoration est ramenée à 40 % s'il n'est pas établi que le contribuable a eu l'initiative principale des actes ou en a été le principal bénéficiaireCGI art. 1729, b
Manœuvres frauduleuses, dissimulation d'une partie du prix stipulé dans un contrat, ou application de l'article 792 bis80 %Manœuvres frauduleuses, dissimulation d'une partie du prix, art. 792 bisÀ l'administration en cas de contestation (LPF L195 A)CGI art. 1729, c
Rectification liée à des comptes, contrats de capitalisation, trusts ou crypto-actifs à l'étranger non déclarés (exclusive des majorations 1728, 1729 et 1758 (distinct de l'art. 1758 A) sur les mêmes droits)80 %Comptes, contrats de capitalisation, trusts ou crypto-actifs à l'étranger non déclarés
Exclut les majorations des art. 1728, 1729 et 1758 (article distinct de l'art. 1758 A) à raison des mêmes droits ; se substitue aux amendes des art. 1736 (IV, IV bis) et 1766, sans pouvoir être inférieure à leur montant ; ne s'applique pas aux droits de l'art. 755
Aucune intention à établir : la majoration s'attache aux rectifications liées aux avoirs non déclarésCGI art. 1729-0 A
  • Déclarations de succession : 10 % à partir du 1er jour du 7e mois suivant l'expiration du délai de dépôt ; 40 % à défaut de dépôt dans les 90 jours d'une mise en demeure (CGI art. 1728, 2).
  • IFI : la majoration de 10 % est portée à 40 % lorsque le dépôt fait suite à la révélation d'avoirs à l'étranger non déclarés (CGI art. 1728, 5).
  • À l'impôt sur le revenu, la majoration de l'art. 1758 A (10 %, portée à 20 % en cas de dépôt dans les 30 jours d'une mise en demeure) s'applique à l'exclusion de celle du a du 1 de l'art. 1728 (CGI art. 1758 A, I et III).
  • Activité occulte : activités professionnelles seulement (IS, BIC, BNC, BA) ; le contribuable échappe à la qualification s'il établit une erreur justifiant l'absence de déclaration (BOI-CF-INF-10-20-10, § 30 et § 40 ; CE, 7 déc. 2015, n° 368227).

Textes lus sur Légifrance le 24 septembre 2026. Les majorations s'appliquent sur le montant des droits ; l'intérêt de retard s'y ajoute. Télécharger la matrice (CSV).

Activité occulte (80 %) : l’activité est réputée occulte lorsque vous n’avez pas déposé vos déclarations dans le délai légal et que, soit l’activité n’a pas été déclarée au guichet des formalités des entreprises, soit elle est illicite (LPF, art. L169, al. 2) ; la majoration s’applique sans mise en demeure et ne vise que les activités dont les résultats relèvent de l’IS ou de l’impôt sur le revenu dans la catégorie des BIC, BNC ou BA (une location meublée, imposée en BIC, peut donc être concernée), non les revenus fonciers, les revenus de capitaux mobiliers, les plus-values ni les salaires (BOI-CF-INF-10-20-10, § 30 et § 40). Elle n’est pas automatique : le Conseil d’État admet que le contribuable y échappe s’il établit une erreur justifiant qu’il ne se soit acquitté d’aucune de ses obligations, appréciée, pour un contribuable qui fait valoir avoir rempli l’ensemble de ses obligations fiscales dans un autre État, au regard du niveau d’imposition dans cet État et des modalités d’échange d’informations entre les deux administrations (CE, 7 déc. 2015, n° 368227). Le délai de reprise est alors porté à dix ans (le délai de réclamation du contribuable est présenté sur la page recours).

Ces majorations s’ajoutent aux droits rappelés et à l’intérêt de retard de 0,20 % par mois (CGI, art. 1727). Elles apparaissent dans la proposition de rectification, qui doit les motiver.

Qui doit prouver la mauvaise foi ?

Pour les majorations fondées sur l’intention, l’administration. En cas de contestation des pénalités appliquées au titre des impôts directs, de la TVA et des autres taxes sur le chiffre d’affaires, des droits d’enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses lui incombe (LPF, art. L195 A). Le LPF parle de « mauvaise foi » ; le CGI, de « manquement délibéré » (art. 1729).

Cette règle ne concerne pas les majorations pour défaut ou retard de déclaration de l’article 1728, qui ne reposent pas sur l’intention mais sur le retard ou l’absence de dépôt.

Concrètement, une majoration de 40 % pour manquement délibéré ne peut pas reposer sur la seule existence d’une erreur : elle doit être justifiée. C’est pourquoi la motivation des pénalités mérite une lecture aussi attentive que celle des droits.

Pour l’abus de droit, la majoration de 80 % est ramenée à 40 % lorsqu’il n’est pas établi que le contribuable a eu l’initiative principale des actes en cause ou en a été le principal bénéficiaire (CGI, art. 1729, b).

Exemple chiffré

Illustration pour 100 000 € de droits rappelés à la suite d’une insuffisance de déclaration, hors intérêt de retard.

Qualification retenueTauxMajorationTotal droits + majoration
Erreur de bonne foi, hors impôt sur le revenu0 %0 €100 000 €
Erreur de bonne foi à l’impôt sur le revenu, non corrigée (art. 1758 A)10 %10 000 €110 000 €
Manquement délibéré (art. 1729, a)40 %40 000 €140 000 €
Manœuvres frauduleuses (art. 1729, c)80 %80 000 €180 000 €

Entre la bonne foi et les manœuvres frauduleuses, l’écart atteint 80 000 € pour un même rappel de droits. C’est la raison pour laquelle la qualification des pénalités se discute pied à pied.

Comment les majorations se contestent-elles ?

Peut-on réduire l’intérêt de retard ?

Outre la dispense liée à une indication expresse sur la déclaration (voir plus bas), trois mécanismes du code réduisent ou suppriment l’intérêt de retard. Ils sont réservés aux erreurs commises de bonne foi.

SituationEffetConditions principalesTexte
Régularisation pendant le contrôle70 % de l’intérêt de retard dûDemande dans les 30 jours de la réception de la proposition de rectification après un contrôle sur pièces ou un examen de comptabilité ; avant l’envoi de toute proposition en cas de vérification de comptabilité ou d’ESFP (BOFiP § 110) ; déclarations souscrites dans les délais ; déclaration complémentaire dans les 30 jours de la demande et paiement des droits et de l’intérêt réduitLPF, art. L62
Régularisation spontanée, hors contrôleIntérêt de retard réduit de 50 %Déclaration rectificative déposée avant l’expiration du délai de reprise, accompagnée du paiement des droits (ou paiement à la date limite de l’avis pour les impôts recouvrés par rôle)CGI, art. 1727, V
Insuffisance limitéePas d’intérêt de retardInsuffisance inférieure ou égale au vingtième de la base (IR, IS) ou au dixième par bien (droits d’enregistrement, taxe de publicité foncière), sauf manquement délibéréCGI, art. 1727, II, 3 et 4

Le moment de la demande dépend de la procédure : dans les trente jours de la réception de la proposition (ou d’une demande de renseignements, d’éclaircissements ou de justifications reçue avant elle : art. L10, L16, L23 A) après un contrôle sur pièces ou un examen de comptabilité (délai distinct de celui de la réponse : ne comptez pas sur la prorogation pour le prolonger) ; avant l’envoi de la proposition, pendant le débat oral et contradictoire, en cas de vérification de comptabilité ou d’ESFP (BOI-CF-IOR-20-10, § 110). Elle suppose de reconnaître l’erreur sur les points régularisés. C’est un arbitrage à faire chef de rectification par chef de rectification, pas une formalité.

Erreurs fréquentes

  • Accepter la majoration sans la discuter, alors que la charge de la preuve pèse sur l’administration.
  • Confondre intérêt de retard et sanction : l’intérêt de retard obéit à ses propres règles ; il n’est pas dû pour les éléments au sujet desquels le contribuable a indiqué expressément, sur sa déclaration ou dans une note annexée, les motifs de droit ou de fait qui l’ont conduit à ne pas les déclarer en totalité ou en partie, à retenir une qualification plus favorable ou à pratiquer une déduction (CGI, art. 1727, II, 1).
  • Croire qu’une erreur de bonne foi n’est jamais sanctionnée : à l’impôt sur le revenu, la majoration de 10 % s’applique sauf correction spontanée ou dans les trente jours d’une demande (art. 1758 A).
  • Réagir après l’échéance : les arguments sur les pénalités s’articulent dès la réponse à la proposition de rectification.

Votre situation mérite un regard d'avocat ?

Décrivez-la en 90 secondes. Un avocat fiscaliste partenaire vous recontacte. Gratuit et sans engagement.

Faire examiner mon dossier

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre la majoration de 40 % et celle de 80 % ?

En cas d'insuffisance de déclaration, 40 % sanctionne le manquement délibéré ; 80 % s'applique en cas d'abus de droit ou de manœuvres frauduleuses (CGI, art. 1729). En cas de défaut de déclaration, 40 % s'applique après une mise en demeure restée sans effet pendant 30 jours et 80 %, sans mise en demeure, en cas d'activité occulte : déclarations non déposées dans le délai légal et activité non déclarée au guichet des formalités des entreprises ou illicite (art. 1728 ; LPF, art. L169). Le contribuable y échappe s'il établit avoir commis une erreur justifiant qu'il n'ait ni déposé ses déclarations ni fait connaître son activité (CE, 7 déc. 2015, n° 368227).

Qui doit prouver la mauvaise foi ?

Pour les majorations fondées sur la mauvaise foi (le manquement délibéré de l'article 1729) ou sur des manœuvres frauduleuses, la preuve incombe à l'administration (LPF, art. L195 A). Les majorations pour défaut ou retard de déclaration de l'article 1728 ne reposent pas sur l'intention.

L'intérêt de retard est-il une sanction ?

Le CGI le distingue des sanctions : l'intérêt de retard, au taux de 0,20 % par mois, s'ajoute aux droits, et les sanctions s'y ajoutent le cas échéant (CGI, art. 1727, I et III).

La majoration pour abus de droit peut-elle être réduite ?

Oui : elle est ramenée à 40 % lorsqu'il n'est pas établi que le contribuable a eu l'initiative principale des actes constitutifs de l'abus de droit ou en a été le principal bénéficiaire (CGI, art. 1729, b).

Une erreur de bonne foi est-elle sans majoration ?

Pas toujours. À l'impôt sur le revenu, une inexactitude ou une omission entraîne une majoration de 10 %, sauf si vous avez corrigé spontanément ou dans les trente jours d'une demande de l'administration (CGI, art. 1758 A).

Textes officiels cités

Chaque affirmation porte un identifiant (C-001…) relié à son texte, à l'extrait utile et à son contrôle. Notre méthode de vérification.

Contenu d'information générale, à jour à la date indiquée. Il ne remplace pas l'analyse de votre situation par un avocat fiscaliste.